Urgence Népal août 2026

Ce qui s’est passé le 26 août 2026 au Népal

Le Népal fait face depuis le 26 août 2026 à l’une des pires catastrophes de son histoire.

Une coulée de boue monstrueuse a ravagé des dizaines de villages le long de la rivière Trishuli, au nord-est du pays, principalement dans les districts de Rasuwa, Nuwakot et Dhading. Des milliers de personnes se sont retrouvées piégées.

Les chiffres officiels font état de 6000 maisons emportées, 14 centrales hydroélectriques dont 5 qui étaient en construction.

C’est une partie d’un glacier situé sur le mont Langtang Lirung, à la frontière entre le Tibet occupé en Chine et le Népal qui s’est détachée.

Crédit infographie: New-York Times

Le massif du Langtang Himal est bien connu des trekkeurs et des alpinistes, c’est une région qui a déjà été très durement touchée lors du tremblement de terre du 25 avril 2015.

Le 26 août, le pan d’un glacier situé sur son flanc nord à plus de 5000 mètres s’est détachée et a chuté d’environ 1 200 mètres, entraînant plus de 10 millions de mètres cubes de glace. Le débit de la rivière au plus fort de la crue était de 180 km/h. Cette glace s’est transformée en lave torrentielle et a déferlé sur une centaine de kilomètres en aval au Népal, provoquant l’ensevelissement des villages et des terres agricoles situés sur son passage sous plus de 9 mètres de boue, de pierres et de débris. Tout s’est passé très vite, en à peine 7 mns le poste frontière de Gyirong a été enseveli, sans qu’aucune alerte n’ait eu le temps d’être envoyée aux habitants de la vallée ni aux ouvriers qui travaillaient dans les centrales hydroélectriques à proximité de la frontière chinoise.

Crédit photo: The Hindu-AP

La situation au 5 septembre 2026, 10 jours après la catastrophe

Le bilan humain est terrible, et évolue tous les jours.

Selon le Ministère de l’intérieur népalais, le bilan au 5 septembre à 19h faisait état de 1331 morts (personnes dont les corps ont été retrouvés mais pas encore tous identifiés) et de 4896 personnes portées disparues. Il est très probable selon mes amis népalais que le bilan soit beaucoup plus lourd que ce qui est annoncé par les autorités népalaises, sans parler des victimes côté tibétain pour lesquelles l’opacité de la communication chinoise est légendaire…

La grande majorité des victimes sont népalaises. Il y avait aussi plusieurs centaines de touristes étrangers, principalement indiens et chinois mais de nombreuses nationalités sont représentées (4 français sont parmi les victimes), qui effectuaient le pèlerinage du Mont Kailash au Tibet occupé. La plupart se trouvaient au poste frontière de Giyrong, l’un des points de passage entre le Népal et le Tibet occupé en Chine. Il a été totalement enseveli, il n’y a aucun survivant.

Crédit: Courrier International

La région compte aussi un grand nombre de stations hydroélectriques, qui permettent de fournir quasiment 100% de l’énergie électrique du Népal. De nombreux ingénieurs et ouvriers travaillaient dans une trentaine de stations hydroélectriques le long des rivières Trishuli et Bhotekoshi, notamment dans des tunnels. Les secours ont eu beaucoup de mal à y accéder, car la boue recouvre tout et les entrées des tunnels sont bloquées par des tonnes de pierres et de boue. Néanmoins l’acharnement des secours a payé, car le 4 septembre ils ont retrouvé 2 ouvriers en vie après 9 jours passés dans le tunnel de la station Trishuli-3A. Et samedi 5 septembre, une femme de 63 ans a été retrouvée vivante, ensevelie dans sa maison à Betrawati (Nuwakot district), et un homme de nationalité chinoise a été sorti d’un tunnel (Audit Tunnel n°4, Upper Trishuli 1, centrale hydroélectrique en construction) dans lequel il s’était réfugié près de la frontière, 11 jours après la catastrophe.

Panta et Ram

Je séjourne régulièrement au Népal depuis 2007.

J’ai d’abord rencontré Panta RAJ, avec lequel j’ai partagé de nombreux moments en famille, avec son épouse Hira et ses enfants.

Panta et Hira, août 2023

Lors du tremblement de terre de 2015, j’ai crée l’association Solidarité Inde Népal pour venir en aide aux victimes et plus généralement pour soutenir des initiatives locales de soutien aux populations en Inde et au Népal, qui sont mes 2 pays de cœur.

Avec Panta nous avons mené différentes opérations d’aide d’urgence post séisme, puis des projets à long terme ensuite en matière d’éducation et de permaculture dans le district de Kavrepalanchowk, au sud-est de Kathmandu.

Aide d'urgence au Népal
Distribution de toiles de tente, couvertures et matelas dans le village de Faskot (Kavre) par Panta Raj avec l’aide des pompiers volontaires de l’association PICA 22, mai 2015
Distribution de nourriture et de couvertures au village Shikar Ambote, mai 2015
Distribution de matériel scolaire et pédagogique à l’école communautaire de Tu Che Che, avril 2017
Construction de toilettes et d’une réserve d’eau potable pour l’école Bal Chetna, 2017
Ecole publique de Bal Chetna, avril 2017

Avec la pandémie de Covid entre 2020 et 2022, et le décès de Dixit, le fils de Panta le 9 mai 2020, nos projets ont été mis en pause.

J’ai pu retourner au Népal en 2023, où j’ai rencontré Ram ACHARYA et son épouse Sangina. Ram et Sangina venaient d’être parents de Sara, et nous avons tout de suite sympathisé.

France (Pooja), fondatrice de Solidarité Inde Népal, et Ram, Pashupatinath (Kathmandu), août 2023

Nous nous sommes revus en 2025 quand je suis retournée au Népal, et tout comme avec Panta nous sommes restés en contact régulier même si nous ne pouvons pas nous voir aussi régulièrement que je le voudrais.

Ram, Sangina et Sara, septembre 2023

La famille de Sangina est originaire du district de Nuwakot, et ils retournent régulièrement pour rendre visite à leurs proches sur place.

Paysage autour du village de Sangina, district de Nuwakot

Sangina et Ram étaient à Kathmandu quand la catastrophe est survenue, mais les proches de Sangina dont sa sœur aînée ont tout perdu. Ce sont des fermiers, qui élèvent des cochons, des poules (pour les oeufs), des poulets (pour la viande), et des buffles.

Ils ont pu échapper à la coulée de boue en se réfugiant dans la porcherie située légèrement en hauteur par rapport à leur maison. Mais l’eau continuait à monter, et ils ont dû fuir en grimpant par la forêt à flanc de colline, en laissant derrière eux leurs animaux, leur maison, les souvenirs de toute une vie… 3 personnes sont toujours portées disparues, dont un enfant de 9 ans. Le mari de Sangina a cherché le long de la rivière puis dans les hôpitaux, sans succès.

Il y a quelques jours, ils ont été avertis que le corps d’un enfant correspondant au signalement transmis aux autorités avait été retrouvé. Ils ont dû apporter un prélèvement ADN pour l’identifier formellement. Ils attendent maintenant les résultats, et si c’est bien le neveu de Sangina, alors ils iront récupérer son corps pour pouvoir effectuer les rites de crémation. La plupart des corps sont affreusement abîmés et méconnaissables, ce qui rend le travail d’identification très compliqué. Les médecins légistes prélèvent sur chaque corps ou partie de corps retrouvée un fragment d’ADN pour permettre son identification, et il est demandé aux familles ayant perdu un proche de faire la même chose. En attendant (les tests ADN prennent du temps), les corps non encore reconnus sont identifiés à l’aide d’un numéro puis enterrés dans la forêt dans des fosses communes afin d’éviter le développement de maladies. Il y a seulement 350 sacs mortuaires réfrigérés au Népal, et déjà plus de 1300 morts…

Hier samedi 5 septembre, Ram et Sangina ont accompagné leurs proches à Pashupatinath au bord de la rivière Bagmati pour effectuer les rites funéraires malgré l’absence de corps. Dans la tradition hindoue, les derniers sacrements doivent avoir lieu le plus rapidement possible après le décès, et sont suivis de la crémation. La situation actuelle ne permet pas de suivre le protocole habituel, et il faut donc trouver des solutions alternatives. Des crémations « factices » sont donc organisées afin de pouvoir honorer la mémoire des défunts et effectuer les rituels funéraires.

Fabrication des brancards en bambou sur lesquels reposent les 3 « défunts » fabriqués avec des tissus orangés

Toute la famille de Sangina est maintenant hébergée à Kathmandu chez des proches, en attendant de pouvoir trouver un nouvel endroit où ils pourront recommencer à zéro. J’ai envoyé 200€ à Ram pour faire face aux besoins de 1ère nécessité, et je vais adapter le soutien en fonction des besoins. L’urgence était vraiment de les mettre à l’abri, et de leur apporter une aide financière pour acheter de quoi manger, des vêtements, quelques produits d’hygiène…

Dans un 2nd temps, quand la situation le permettra (beaucoup d’axes routiers sont coupés ou impraticables car trop dangereux, et la priorité est donnée aux équipes de secours, à
la police et à l’armée…), Ram évaluera sur place àNuwakot comment aider la communauté villageoise de la sœur de Sangina.
Samjhana, la sœur aînée de Sangina, est très fragile psychologiquement depuis plusieurs
années, et évidemment ce qu’elle vient de vivre a majoré sa détresse psychique.
Elle a 2 jeunes enfants du même âge que Sara, des jumeaux (1 garçon et une fille) de 3 ans. Ils sont nés très prématurément, la grossesse ayant été compliquée. L’un pesait 600 grammes, l’autre 1100 gr… ils ont survécu, et sont restés hospitalisés environ 3 mois. Ce sont maintenant 2 magnifiques enfants de 3 ans, qui ont déjà survécu 2 fois: au moment de leur
venue au monde, et maintenant en échappant à cette coulée dévastatrice.

Ram, avec Sara à gauche en tee-shirt violet, et les jumeaux

Son état psychique inquiète beaucoup sa famille, et son mari doit l’emmener consulter un
psychiatre dès que possible. J’ai proposé à Ram de prendre en charge les soins, il me tiendra au
courant.
Il n’y a pas de système de sécurité sociale ni de prise en charge publique des soins au Népal. Il y
a bien sûr des systèmes d’assurances à l’américaine mais qui sont inabordable pour une immense majorité de la population. Les soins sont payants, avec des hôpitaux publics et
d’autres privés. Comme dans de nombreux pays, y compris en France, le système de santé népalais est à bout de souffle, les soignants très mal payés, le matériel et les médicaments en
nombre insuffisant…
La question de la prise en charge psychologique de toutes les victimes de cette catastrophe va
se poser une fois l’urgence passée, car les PTSD (syndrome de stress post traumatique ou post
traumatic stress syndrom en anglais) vont être massifs, très sous-évalués et quasiment impossible à prendre en charge par le système de santé népalais qui manque cruellement de structures adaptées et de soignants formés. La question s’était déjà posée après le séisme de
2015, et aujourd’hui, plus de 10 ans après, beaucoup de népalais restent profondément
marqués par ce qu’ils ont vécu, souvent de façon « pathologique » avec une anxiété importante, des troubles du sommeil, des douleurs diffuses… Le risque de dépressions graves et de suicide est particulièrement important chez les personnes souffrant de PTSD.
C’est une thématique importante pour Panta, à laquelle nous nous attaquerons d’ici quelques
semaines.
Panta de son côté a pu se rendre dans plusieurs villages du district de Nuwakot mercredi 2 septembre, soit 1 semaine après la catastrophe.

Avec plusieurs amis dont ses 2 frères Tirtha et Manoj, ils ont loué un minibus pour se rendre dans la zone dévastée.

Le microbus (minivan) loué pour l’occasion

Il y a un peu plus de 50 kms entre Kathmandu et Bidur, la 1ère ville dans laquelle ils se sont rendus et qui centralise les équipes de recherche. Il faut normalement entre 2 et 3h de trajet, mais en ce moment c’est plus du double.

Panta a pu se rendre à Battar, l’un des nombreux camps de déplacés géré par le gouvernement népalais et l’armée (il y en a une trentaine répartis dans les 3 districts affectés: Nuwakot, Rasuwa et Dhading). Ces camps accueillent ceux qui ont tout perdu et qui n’ont plus nulle part où aller, sans famille pouvant les accueillir. Aucun journaliste n’est autorisé à entrer, aucun humanitaire, personne.

Entrée du camp de Battar
Vue du camp de Battar

Panta connaît bien cette région car c’est le point de départ de nombreux treks dont celui du Langtang. Il connaît aussi la population locale, et il a exceptionnellement été autorisé à pénétrer à l’intérieur du camp. Les photos et les vidéos étaient strictement interdites, les militaires contrôlent tout. Panta, en simulant un appel téléphonique, a néanmoins pu photographier quelques scènes que je vous partage (avec son accord). Ce qu’il m’a décrit est terrible et très différent de ce qui est transmis par le gouvernement népalais et les journalistes présents sur place. Toute l’aide est filtrée à l’entrée du camp. Rien ne peut entrer sans avoir été remis aux militaires/policiers, qui décident de ce qui revient aux réfugiés. D’après Panta, ils ne reçoivent quasiment rien…

Un bâtiment en béton sert de dortoir, et une cuisine a été installée à l’extérieur sous une bâche.

Bâtiment servant de dortoir pour les réfugiés
Tente pour la cuisine
Tente-cuisine

Les personnes présentes dans le camp sont essentiellement des Tamang, une ethnie tibétaine venue s’installer au Népal il y a plusieurs siècles. Ils sont la 2ème ethnie présente au Népal en termes de population mais restent très marginalisés économiquement.

Il y a en ce moment dans le camp 43 familles originaires du district de Rasuwa, le plus touché par la coulée de boue. Seuls les enfants et les adultes jeunes ont survécu, les personnes âgées ou handicapées sont mortes car elles n’ont pas eu le temps de s’échapper et de courir dans la montagne…

Panta a pu passer 1h à l’intérieur du camp. L’une des infos importantes à laquelle je suis particulièrement sensible compte tenu de mon histoire personnelle, c’est le risque encouru par les filles et les adolescentes à l’intérieur du camp. Il y a peu d’hommes parmi les réfugiés, qui sont majoritairement à Battar des femmes et des enfants. Ils sont entourés et surveillés H24 par des policiers, essentiellement des hommes. Le risque d’agressions sexuelles et de viols est très élevé, tout comme celui de trafic d’êtres humains (ça a malheureusement été le cas après le séisme de 2015).

Les besoins principaux pour ces familles ce sont les vêtements, et des tentes pour qu’elles puissent quitter rapidement cet endroit et aillent s’installer ailleurs, afin de garantir leur sécurité et retrouver un peu de dignité (être surveillé H24 comme un prisonnier n’est certainement pas ce qui va permettre à ces familles de récupérer et d’aller mieux…).

Panta avait apporté une trentaine de tentes, pensant pouvoir les remettre aux réfugiés. Face à l’impossibilité de leur remettre le matériel en mains propres, il a fait le choix de déposer les tentes dans un restaurant qu’il connaissait à proximité du camp. La propriétaire du restaurant a accepté de conserver les tentes et les remettra aux réfugiés au fur et à mesure lorsqu’ils seront en mesure de quitter le camp. Panta a pu leur transmettre l’information lorsqu’il était à l’intérieur et qu’il a pu un peu échanger avec eux.

Echange entre Panta et l’association des intellectuels, et les représentants des réfugiés
Une petite partie des réfugiés présents dans le camp
Tentes et couvertures vont être remises aux réfugiés puis entreposées dans le restaurant jusqu’à leur départ du camp
Remise des tentes et des couvertures au restaurant
Echange entre quelques femmes réfugiées et une femme politique qui accompagnait le groupe

Panta et ses amis sont ensuite partis à Tupche, sur la berge opposée de la rivière Trishuli. Le pont permettant de passer d’une berge à l’autre a été emporté, il faut donc faire un énorme détour pour rejoindre le village.

Sur place il n’y a plus rien, et il n’y a ni camp ni tentes. Les quelques personnes qui ont survécu ont besoin d’ustensiles de cuisine et de vêtements secs.

Le dernier village visité par Panta et ses amis est Betrawati, situé plus au Nord à 80 kms de Kathmandu. C’est un site de pèlerinage hindou, appelé aussi Uttar Ganga, au confluent de 3 rivières : Betran Ganga (Betrawali), Rudra Ganga et Trishuli Ganga. Toutes ces rivières donneront se jetteront ensuite en Inde dans ce qui deviendra le fleuve le plus sacré du pays pour des millions d’hindous, le Gange (Ganga en sanskrit).

Le village comptait environ 1000 habitants avant la catastrophe, dont la moitié sont morts (90 corps ont pour le moment été retrouvés) ou portés disparus.

Coût prévisionnel du programme d’aide d’urgence

Depuis le 26 août, le coût des denrées de 1ère nécessité a triplé. Tout est devenu très cher. Au 5 septembre, 1 roupie népalaise vaut 0,0057€.

-location d’un minibus pour mission d’evaluation entre Kathmandu et Nuwakot: 12 000 NPR soit 68€

1/ Programme pour les enfants du village de Tupche (50 enfants dont une partie sont maintenant orphelins)

-Matériel de sport : 30 000 NPR soit 170€

-Matériel éducatif, cahiers, stylos, feutres etc…: 60 000 NPR soit 341€

2/ Camp de Battar

-achat de 28 tentes (type tentes Quechua): 130 017 NPR (roupies népalaises) soit 740€ (déjà achetées et remises aux réfugiés le 2 septembre 2026)

-100 tee-shirts (pour hommes et pour femmes): 1000 NPR x 100 personnes= 100 000 NPR soit 570€

-50 châles chauds pour l’hiver pour les femmes: 1200 NPR x 60 femmes=72 000 NPR soit 410€

Total: 404 017 NPR soit 2300€

Si vous souhaitez nous aider, il est possible de faire un don via le portail HelloAsso: https://helloasso.com/associations/solidarite-inde-nepal/formulaires/3

Il est aussi possible de faire un virement sur le compte bancaire de l’association Solidarité Inde Népal, dont voici l’IBAN: FR76 3006 6106 3100 0204 8740 172 / BIC: CMCIFRPP

Merci! Namaste